Philippe-Ariño

“On le dit peu, parce qu’on préfère encore s’enliser dans des faux débats (‘Faut-il accueillir les personnes homos dans l’Église? Et comment?’, ‘L’union homo a-t-elle de la valeur et est-ce de l’amour?’, etc.)… mais en fait, l’enjeu autour de l’homosexualité dans le prochain Synode romain sur la famille, le plus grand saut qui sera demandé au Pape et à ses cardinaux (et qui a déjà été implicitement fait par Benoît XVI), c’est au bout du compte d’oser proposer ouvertement le CÉLIBAT aux personnes durablement homosexuelles. Qu’on le veuille ou non, celui-ci est au cœur de la question homosexuelle. C’est ça le plus dur à sortir. Cette revalorisation du célibat risque fort d’être crucifiante, culottée, mal reçue et mal comprise, potentiellement explosive dans notre monde actuel qui idolâtre le mot ‘amour’, les sentiments amoureux et le ‘Couple‘, clivante y compris dans un clergé catholique qui ne désire pas voir un alignement/amalgame entre prêtrise et homosexualité et qui jusque-là n’avait offert le célibat qu’à ceux qui l’avaient choisi et qui étaient considérés comme dignes de pouvoir le porter. Mais il ne faut pas se mentir : au centre de la problématique de l’homosexualité se trouve la foi en la force du célibat continent pour tous… et un peu aussi la confiance aux personnes homosexuelles pour endosser ce dernier. Et pour l’instant, à échelle collective, cette foi et cette confiance sont loin d’être là, a fortiori dans le cœur des bons catholiques pratiquants et des cardinaux. Beaucoup s’insurgeront que par le célibat on ‘impose’ à une catégorie particulière de la population une solitude et un renoncement au couple jugés ‘inhumains’ ; d’autres, pour des motifs en apparence bien différents, s’offusqueront de voir que la proposition du célibat soit élargie à d’autres personnes qu’aux célibataires consacrés officiels, ou encore qu’il puisse être attribué aux personnes vivant la condition homosexuelle un chemin vocationnel spécifique. Même (et peut-être encore plus) dans le cas homosexuel, le célibat chaste apparaît comme une provocation énorme aux yeux de nos contemporains enchaînés à leurs pulsions et à leurs sentiments, et comme une injure à tous les célibataires consacrés qui ne le vivent ni complètement ni chastement. C’est pour ça que ça va certainement chauffer ! Mais j’ai foi au courage de notre Pape et des quelques bons cardinaux qui le secondent. Et s’ils ont besoin d’exemples vivants prouvant que la demande du célibat continent aux personnes homosexuelles est réaliste, humaine, joyeuse et sainte, je peux leur en fournir avec des amis de mon entourage ! Pas de souci !”

Philippe Ariño

 
 
 

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