« Il n’y a pas d’hétéros. Il n’y a que des hommes mal dragués. » C’est une des répliques cultes d’Adrien (interprété par Patrick Timsit) dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion. Elle peut prêter à sourire. Mais je l’ai déjà entendue de la bouche de potes homosexuels (dont un guide touristique du cimetière du Père Lachaise à Paris) qui parlaient à la fois par provocation et très sérieusement, de la facilité (ou du défi) qu’il avait à « détourner des hétéros ».
 

Et au-delà de la blague, elle dit quelque chose de plus profond sur le rapport des membres de la communauté homosexuelle à l’hétérosexualité : à la fois ils la diabolisent (de l’avoir trop idéalisée en tant que différence des sexes qu’elle n’est pas) et ils la nient (pour ne pas briser leur fétiche inaccessible mais aussi pour la couvrir, pour préserver leurs rêves et leurs fantasmes inaccessibles).  

C’est ce qui explique, à mon sens, que nous soyons très très peu de personnes homosexuelles à traiter du sujet (je ne connais que Jonathan Katz, dans les personnalités homos connues). Il y a comme un vent de censure incroyable de la part de celles qui ne l’utilisent que comme un comparatif négatif censé rehausser son jumeau homosexuel dont elles ne parlent pas davantage.