Façade de la Mairie de Paris, 1er arrondissement, dimanche 29 juin 2014

Façade de la Mairie de Paris, 1er arrondissement, dimanche 29 juin 2014


 

En passant ce matin devant la Mairie de Paris, j’ai vu deux immenses banderoles rainbow suspendues sur son fronton. Tout Paris se met aux couleurs de la Gay Pride et d’une minorité de la population. Et sans demander l’avis à personne, évidemment. C’est une initiative personnelle imposée à tout le monde.

 

Une décrédibilisation de plus de la part de nos gouvernants socialistes ? Pas vraiment. Je crois que ça va plus loin. Je me suis dit que derrière cette campagne gay friendly bien-intentionnée, il y avait certes un mélange de profonde connerie (Anne Hidalgo nous montre à nouveau son visage de Miss France sans cervelle) et de bien-pensance sincère. Mais surtout, qu’il s’agissait d’une provocation guimauve qui n’avait pas conscience de sa dangerosité vis à vis des personnes homosexuelles qu’elle instrumentalise toujours plus bruyamment pour redorer l’image de marque d’un pouvoir politique français en pleine déliquescence par un zeste de militantisme facile et franchement minable.

 

Un tel « cadeau » ne fait plaisir à personne, en fait. Il est la caution morale d’un petit cercle de prétentieux qui veulent imposer leur conception – très discutable – de « l’ouverture », de « l’amour » et de la « justice » à tout le monde. Il ne fait que gargariser des gens haineux et cupides. Rien de plus.

 

Et de mon point de vue, je trouve cette hypocrisie insupportable, car concrètement, elle ne résout absolument pas nos problèmes à nous, personnes homosexuelles. Peut-être même pire, elle nous en rajoute et attise la jalousie collective puisqu’elle donne à croire que ce seraient nous les nouveaux maîtres du monde, les dominants, ceux qui seraient partout, infiltrés jusque dans les hautes sphères du pouvoir, visibles sur des bâtiments d’État… ce qui au fond n’est pas du tout le cas. Nous n’avons soudoyé personne. Nous n’avons dragué personne. Aucun d’entre nous ne se reconnaît dans le « lobby LGBT » (pas même ceux qui en font partie). Ce sont les gauchistes qui sont venus à nous pour nous courtiser, pour faire ce genre de déclarations d’amitié ridicules au grand jour. En vrai, nous n’avons jamais demandé à ce que les gouvernants, les socialistes, et ceux qui se présentent comme « hétéros », se prennent d’une soudaine affection pour nous afin de s’assurer une carrière politique ou une bonne conscience. Jamais nous n’avons demandé à être les faire-valoir de ces couples « hétéros » si peu unis et si agressivement soucieux de nos « droits ». À part une extrême minorité arriviste d’entre nous (les Ian Brossat, Jean-Luc Romero, Didier Éribon, Caroline Fourest ou Caroline Mécary – la famille Addams au grand complet – ne portent absolument pas nos valeurs), nous n’avons jamais eu envie d’être défendus par des personnalités politiques qui ne nous connaissent ni d’Ève ni d’Adam. Nous n’avons toujours pas envie d’être soutenus par des connards (même souriants ou qui nous assurent qu’ils veulent notre bien).

 

hidalgo-brossat

 

Ce qui m’énerve profondément, c’est que des dirigeants aussi bêtes qu’eux (il ne suffit pas de prononcer en boucle les mots « égalité », « amour » et « discrimination » pour s’offrir un cerveau et un discours consistant) se fassent en plus ouvertement du fric, du pouvoir et du sourire sur notre dos, sur notre malheur et notre mal-être, qu’ils nous applaudissent bien fort en jouant le jeu d’une illusion identitaire (peut-on réduire une personne à ses pulsions sexuelles ? non), d’une illusion amoureuse (peut-on prétendre aimer en rejetant la différence des sexes ? non), d’une illusion de convivialité (suffit-il de défiler à la Gay Pride pour être notre ami ? non), d’une souffrance et d’une violence réelles dans la pratique homosexuelle (exclure la différence des sexes de son identité et de sa vie amoureuse alors que cette différence est le socle de notre existence et le ciment de tout amour humain, ça a des conséquences), d’un militantisme sans personne derrière.

 

Il y a bien eu un soubresaut de révolte contre cette hypocrisie d’État (cf. la vidéo ci-dessous sur la contestation de la présence socialiste à la Gay Pride parisienne hier), un soubresaut que je ne justifie pas car les contestataires n’ont pas eu conscience de la vérité de leur phrase « La politique qu’ils mènent est directement contre nous ». Ils l’ont prononcée pour les mauvaises raisons, comme des enfants capricieux frustrés qui n’ont pas fait le cheminement de conscience qui les aurait amenés à la rendre juste. Cependant, elle est très signifiante quand même. Malheureusement, ce coup de gueule restera un épiphénomène qui ne sera pas analysé comme un « lapsus révélateur » par nos amis journalistes, ni par beaucoup de gens vouant une haine viscérale au « lobby LGBT ».