Un appareil de traduction est en train de casser la barrière des langues. Une amie, qui a une proposition d’emploi dans le High Tech, vient me demander conseil pour savoir ce qu’on doit en penser éthiquement. Je vous retranscris l’échange Facebook, car il est beau et révélateur :

ELLE – Coucou Philippe, dis moi, est-ce que ça t’inquiète un appareil qui puisse traduire directement dans une autre langue ce que tu dis?

MOI – Oui. Et toi?

ELLE – Et bien Y’a juste La dernière phrase: « Dites au revoir à la barrière de la langue » qui me chiffonne dans ce spot. Parce que c’est comme si on ne fait plus d’efforts pour s’ouvrir réellement à l’autre. Quoique ça peut être sympa d’aller en Corée et de discuter avec une famille par l’intermédiaire de cet appareil. On peut se raconter beaucoup plus de choses. Cependant j’aime voyager, découvrir d’autres cultures, et c’est le côté fun et intéressant de trouver d’autres moyens de communication ou de compréhension quand tu rencontres quelqu’un. Je l’ai vécu en allant dans plein de pays étrangers. Je trouve que tu vis un grand moment d’humilité, et vraiment à l’écoute de l’autre et du différent. De façon simple. C’est clair que tu ne pourras pas entrer dans une discussion « débat » sans cet appareil. Mais en cas d’urgence, de désespoir à l’étranger ou face à un étranger chez moi, je pense que j’aimerais bien avoir ce genre d’appareil. Ou que les secours aient ce genre d’appareil.

MOI – En fait, tout le problème vient de la relation à l’effort et à la souffrance dans l’apprentissage d’une langue et dans la relation à l’autre. Efforts et souffrance non-optionnels. Obligatoires. Et qui sont gommés par ce genre de gadgets.

ELLE – On gomme tout effort au fur et à mesure. Mais est-ce qu’on peut vraiment nous en vouloir. Est-ce que c’est vraiment un péché/un mal?

MOI – Refuser la Croix est refuser le Christ. Donc oui, on peut nous en vouloir.

ELLE – Et alléger/soulager la pénibilité du travail en production par exemple, est ce qu’on peut nous le reprocher? Tu sais je vais potentiellement travailler dans ces nouvelles technologies de l’industrie 4.0…

MOI – Je pense que l’allègement de la pénibilité est anti-chrétien (même si c’est une bonne excuse, en apparence solidaire). Le travail, et l’existence humaine – sont par essence pénibles.

MOI – Il y a un vrai choix de civilisation qui se pose à nous maintenant. Pas demain. Maintenant.

ELLE – Question : Est-ce que c’est anti-chrétien de vouloir améliorer la production, ce qui implique l’utilisation de technologies pour éviter au maximum les erreurs, les retards afin de produire plus ?

MOI – haha. J’ai l’impression maintenant que nous sommes arrivés à un point où recevoir un salaire va devenir anti-chrétien, de toute façon… lol

ELLE – Mdr