Je me pose beaucoup de questions en ce moment sur la passion collective pour ceux qui sont appelés « les plus fragiles et les plus vulnérables », sur l’utilisation médiatique du handicap, des personnes malades, de ceux qui ont vécu un grand drame et qui essaient de s’en sortir par la force de leur courage, de leur volonté, de leur souffrance et de leur Espérance, de l’entraide qui les entoure. Je m’interroge sur ce rapport – émotionnellement chargé mais savamment dosé et faussement humble – à la souffrance, aux « petits ». À la fois il y a objectivement de belles choses et c’est fait sans dolorisme, sans voyeurisme ; à la fois il me manque quelqu’un. Jésus. Son silence et son secret. Donc je sais que quelque part, il y a un piège et un orgueil qui me ment, qui m’embobine. Ma résistance à ces images de solidarité est bien plus justifiée, je crois, qu’une simple paranoïa qui verrait le mal là où il n’est pas, qu’une insensibilité et qu’une incapacité à me laisser toucher, insensibilité qui paraîtra même pathologique aux yeux du naïf qui s’émerveille facilement des vidéos qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux et qui nous somment de « TOUS nous émouvoir !!! », de « TOUS rentrer dans la grande vague de l’euphorie collective mondiale en faveur de la solidarité et de la vulnérabilité ».
 

Si le seul message de conclusion qui est tiré de ces mises en scène d’actes concrets de Charité, c’est la « Justice de l’Homme », c’est la « confiance en soi et aux autres », c’est « Engage-toi pour un monde plus humain, Partage avec celui qui est dans le besoin, Aide le frère plus petit que toi », « Dans la vie, on peut tous y arriver, On mérite tous de s’en sortir, On a tous une place sur cette planète, Il faut de tout pour faire un monde », « J’aide un enfant trisomique à réaliser son rêve, J’offre un peu de joie et de ma notoriété pour partager ma gloire médiatique, L’important c’est l’égalité des chances et la rage de vaincre/de vivre », si la solidarité est un affichage (même émouvant) en même temps qu’un acte concret qui a le mérite d’être posé, quelle est la valeur de ma bonne action ? À qui je la rends ? (Certainement pas à Jésus et au secret qu’est l’Amour vrai). Je sers alors deux maîtres : Dieu et le paraître. La charité finit par s’évaporer dans la vibration de l’instant et de ma propre émotion d’aider, dans l’illusion d’un bonheur partagé éphémère (la « beauté du geste solidaire », on dit !), dans la glorification de ma propre volonté ou de la volonté de celui que j’aide, dans la sacralisation d’une philantropie spontanée et de l’ « agir en humanité » en lui-même. Je me sers du pauvre ou du fragile pour mettre en avant ce que je crois être ma propre bonté. Je reçois immédiatement ma récompense. Et c’est ça qui ne va pas.
 

La solidarité et l’émotion sont vraiment en train de devenir la dernière illusion de Dieu qui reste aux bobos pharisiens « humanistes intégraux » voulant se consoler d’avoir viré le Christ et son Église, et de les avoir remplacés par la bonne action et la technologie transhumaniste.
 
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« Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, qu’il avait réveillé d’entre les morts. On donna un repas en l’honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était parmi les convives avec Jésus. Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur ; elle répandit le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie de l’odeur du parfum. Judas Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : ‘Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ?’ Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait. Jésus lui dit : ‘Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.’ » (Jean 12, 1-11)