Philippe-Ariño

“On entend souvent les ennemis de la préférence, de l’exigence et de la qualité, dire, face à l’expression de notre désir de perfection ou de notre insatisfaction face à un leadership défectueux pendant une action politique : « Il faut de tout pour faire un monde… Tout le monde a sa place… Laisse ton égo de côté… Vous êtes différents… Pourtant, chacun a son charisme… Travaillez ensemble. Vous êtes complémentaires… Pourquoi tu critiques ? » FUCK ! Car non, nous ne sommes pas bons pour les mêmes choses. Nous ne sommes pas tous nés chefs, ni experts pour les mêmes taches. Et nous n’avons pas à tout faire systématiquement ensemble, même si nous visons apparemment le même bien commun ! Tout le monde n’est pas doué pour les mêmes choses, surtout dans les postes à hautes responsabilités. Dieu a distribué inégalement les talents, et ce n’est pas pour ça qu’Il n’aime pas chacun de nous : c’est justement de cette inégalité de traitement que provient notre complémentarité, et non, à l’inverse, comme se plaisent à croire les despotes et les faibles, d’une pseudo « égalité ». Nous n’avons pas à tout faire nécessairement ensemble. Le fantasme et la tyrannie de la collectivité, de la « complémentarité », ne sont pas réalistes : ils forcent, sous prétexte d’unité, à la fusion, au relativisme, à la sensiblerie. Nous ne sommes pas tous complémentaires pour certaines taches. L’union ne fait pas toujours la force. Main et pied font partie du même corps, mais n’exercent pas la même fonction (même s’il est possible de marcher sur les mains !). Essayer, au nom du fait qu’ils seraient absolument complémentaires, de marcher avec une main et un pied : vous allez galérer ! Tous les mélanges, du fait d’être mélanges, ne sont ni fameux ni nécessairement réussis. Par exemple, la différence des sexes, posée comme un idéal de bonheur absolu et idyllique par certains obsédés de la procréation ou de l’hétérosexualité, n’est pas un gage de « complémentarité » si elle n’est pas couronnée par l’amour de la bonne personne unique. Il ne suffit pas qu’il y ait « différences » pour qu’il y ait un bel agencement de celles-ci. Acceptons-le humblement. Ne mettons pas de la complémentarité et de l’unité partout. Il y a de bonnes inégalités, de réels manques entre nous, car Dieu l’a voulu ainsi. Relisons la Genèse, et assumons qu’il existent des petits et des grands.”

Philippe Ariño