Le genre est il une vérité scientifique ?

Le genre est il une vérité scientifique ?

Najat Vallaud-Belkacem Najat Vallaud-Belkacem
 

Si de nombreuses controverses courent sur ce que certains ont appelé une théorie du genre, théorie dont d’autres contestent non sans une certaine mauvaise foi l’existence en jouant sur les mots (car en réalité, il semble bien qu’il n’existe pas une mais des théories du genre, à en croire Judith Butler elle même ), à peu près tout le monde en revanche s’accorde pour considérer que le genre (ou gender dans son acception anglo-saxonne) est un concept.

 

Si j’en crois la définition du dictionnaire Larousse un concept est une idée générale et abstraite que se fait l’esprit humain d’un objet de pensée concret ou abstrait, et qui lui permet de rattacher à ce même objet les diverses perceptions qu’il en a, et d’en organiser les connaissances. Dit autrement, il s’agit donc d’un outil de la pensée permettant d’appréhender certains phénomènes de la réalité en fonction de la perception plus ou moins subjective et soumise à diverses influences que l’on en a, et d’apporter à ces phénomènes une compréhension qui tienne compte de nos connaissances actuelles. Soit dit en passant, il semble donc difficile de poser l’existence d’un concept en dehors d’une théorie qui le sous-tend.

 

Par ailleurs, l’histoire des sciences nous montre que si un certain nombre de concepts avaient paru pertinents à une certaine époque cette pertinence a pu être largement remise en cause à des époques ultérieures du fait de l’évolution des connaissances. Il en va ainsi du concept d’humeur dans la médecine du XVIIème siècle tant moquée par Molière, ou de concepts plus récents comme un certain nombre de concepts psychanalytiques qui semblent actuellement remis en cause.

 

Si le concept de genre semble donc aujourd’hui pertinent pour une meilleure compréhension des problématiques d’identité liées au sexe, rien ne dit qu’il s’agisse d’une réalité/vérité universelle ou immuable et qu’il ne puisse être remis en cause demain. Croire et penser le contraire me parait relever de l’idéologie et vouloir construire un projet de société autour d’un simple concept me semble singulièrement dangereux.

 

Pour revenir au concept de genre, ce dernier renvoie à l’existence d’un sexe culturel, qui pour certains résumerait à lui seul l’identité sexuée. Ainsi la différence entre les sexes serait culturellement construite et socialement reproduite. Des études dites de genre et dont on ne peut à priori contester la validité semblent venir à l’appui de cette thèse. Encore faudrait-il se demander si on ne fait pas dire à ces études davantage que ce qu’elles disent réellement. Dans les faits ces études montrent comment l’idée que l’on se fait du féminin ou du masculin peut être influencée par l’éducation. Reste qu’il demeure bien difficile à démontrer l’absence de toute influence biologique sur la différence des comportements ou des préférences qui paraissent liées à chaque sexe.

 

Dans son ouvrage Comment les garçons perdent pied et les filles se mettent en danger, Léonard Sax, s’appuyant sur de nombreux travaux scientifiques faisant appel entre autres à la neurobiologie et à la primatologie en vient à conclure que les différences sexuées ne sont pas culturellement produites mais qu’elles existent bel et bien à l’état de nature. En revanche ces différences sont souvent culturellement accentuées.

 

Cette fonction que semble avoir la culture d’aller dans le sens d’une accentuation des différences liées à la biologie, plutôt que vers une atténuation de celles-ci pose indubitablement question. La répartition des rôles entre le masculin et le féminin serait-elle un marqueur du processus de civilisation ? Autrement-dit la notion de progrès que l’on met actuellement tellement en avant consiste-t-elle en une plus grande ou une moins grande différenciation des rôles sexués ? Cette question demande certainement une analyse et une réponse nuancée en fonction des situations et des circonstances.

 

Quoiqu’il en soi, l’analyse contemporaine des rapports homme-femme reste sous l’emprise d’un grille de lecture marxiste dans laquelle les différences sont interprétées uniquement en terme de dominant-dominé, et dans laquelle le rapport de force ne peut être perçu que dans un sens unique.

 

Le principal inconvénient d’un tel modèle c’est qu’il ne peut se détacher d’un système de valeurs qui n’accorde d’importance au pouvoir que sous son aspect matériel et économique. Or, il est d’autres formes d’exercice du pouvoir tout aussi contraignantes, parfois même davantage qui ne s’appuient pas directement sur ces éléments.

 

La réflexion sur ces sujets gagnerait à mon avis à intégrer davantage les modèles d’analyse systémique qui me paraissent bien plus pertinents pour comprendre comment les rôles et les fonctions peuvent s’organiser au sein d’un système qu’il soit familial ou sociétal, en sachant que la répartition des rôles n’est pas figée à priori. Cette vision laisse de côté les rapports de domination au profit d’une recherche d’équilibre contribuant à tendre vers un bien commun auquel chacun puisse contribuer en vertu de ses spécificités..

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