Ce n’est pas par pure provoc’ que je dis ça. C’est parce que je crois que c’est vrai. La lutte contre un « Gender » nommé comme tel n’est pas efficace. L’angle d’attaque qui consiste à partir du mot (inconnu du grand public ; et quand on l’explique, il ne l’enthousiasme pas davantage), même s’il procède d’un bon sentiment et qu’il est développé par des universitaires sérieux, est insatisfaisant et rasoir. En plus de nous faire passer pour des fondamentalistes essentialistes, des promoteurs naturalistes de la « différence en soi » (que nous ne devons pas être : la différence des sexes n’est pas belle et juste en soi !), il nous éloigne des préoccupations et des raisonnements purement affectifs et matérialistes de nos contemporains.

 

Rien ne sert de s’avancer avec l’argument du « Gender » pour lutter contre. Le problème n’est pas le mot mais la réalité qu’il recouvre et que beaucoup d’anti-mariage-pour-tous et d’anti-Gender ne dénoncent pas : ils se crispent sur le mot, tout comme leurs opposants, pour ne pas regarder la source. Le Gender, il vaudrait presque mieux ne pas en parler. Comme je me tue à le dire depuis le départ, même ses promoteurs sont contre. Ouvertement CONTRE. En revanche, c’est ce que l’étiquette « Gender » cache – à savoir la promotion de l’hétérosexualité et d’un monde fondé sur la pulsion dite « amoureuse », et non plus sur la sexuation femme-homme aimante – qui passionne les foules. Et qu’il faut dénoncer. Le plus vite possible ! Car nous ne nous rendons même pas compte de la gravité des lois (soeurs jumelles du Gender) qui arrivent à échelle mondiale tellement nous restons figés sur l’excroissance cancéreuse nommée « Gender », qui, je le répète, n’est pas la racine du problème, mais un effet collatéral d’une conception faussée de l’humain fondée sur des réalités beaucoup plus terre-à-terre et triviales : les pulsions sexuelles (appelées « sentiments » ou « champ d’expérimentation artistique/politique/amoureux » pour édulcorer leur violence). Alors, je vous le demande, pourquoi nous planquer scolairement derrière la bannière « Gender », en lui donnant paradoxalement l’importance qu’elle n’a pas pour la grande majorité de la population mondiale ?

 

Pourquoi rechigne-t-on à ne pas employer les mots simples et le langage populaire, le (petit) lexique des croyances hédonistes et individualistes de Monsieur Tout-le-Monde, quitte à aller sur un terrain de fantasmes et d’ignorance que l’on ne partage pas et qu’on ne cautionne pas, plutôt que de partir de ce que nous savons scolairement et qui ne parle qu’à des lettrés ? Il y aurait tant et tant à dire sur les « différences », les « pulsions », l’« amour », l’« égalité », la « violence », l’« homosexualité », les « discriminations », l’« homophobie », le « sexe », les « sentiments », le « respect », l’« identité », les « bobos », le « Réel », l’« amitié » ! Le mot « Gender », TOUT LE MONDE S’EN TAPE. Y compris ceux qui y obéissent et qui le promeuvent sans le savoir ! Et ça va commencer très bientôt à saouler même les gens cultivés (si ce n’est pas déjà le cas). La lutte contre un Gender nommé explicitement  « Gender » n’est pas la bonne entrée. J’insiste. La bonne entrée, c’est la remise en question de l’hétérosexualité. Tous nos opposants nous coincent sur ce mot et cette fausse identité-là. D’ailleurs ils s’énervent dès qu’on se réveille et on se rebelle contre le post-it « les hétéros » qu’ils ont collés arbitrairement sur notre bouche pour qu’on ferme notre gueule. C’est bien que l’hétérosexualité est l’aile Ouest interdite vers laquelle il faut aller ! Et en plus, tout le monde en parle !