Philippe-Ariño

“La nuit dernière, à la Place Vendôme à Paris, je me trouvais aux Veilleurs debout, une communauté qui a fait de Twitter une de ses plates-formes privilégiées de communication et d’organisation. Je suis identifié comme homo par la plupart d’entre eux, et ça n’a jamais posé problème, bien au contraire. C’est à la fois un détail et ça rajoute de la convivialité et de la connivence à nos échanges. Mais en les quittant hier soir, la réaction instinctive de l’un d’entre eux quand je lui ai demandé innocemment quel était son pseudo sur Twitter pour qu’on se suive, comme avec les autres – il m’a immédiatement rétorqué, avec beaucoup de sérieux, « Non mais je suis hétéro ! », comme si d’emblée, du fait que je sois homo, je me réduisais à ma tendance sexuelle, je me métamorphosais en dragueur et en danger sexuel –, m’a amusé (car j’étais à des lieues de penser qu’il allait interpréter mon initiative amicale comme une avance) et m’a confirmé une chose : que la pancarte « hétérosexualité », que beaucoup sortent précipitamment pour se justifier de ne pas être homo, était au fond un paravent pour dissimuler une peur, une homophobie mais aussi une focalisation suspecte sur l’homosexualité, et plus largement sur la pulsion sexuelle. Au bout du compte, l’hétérosexualité est un réflexe d’auto-défense qui donne trop d’importance à l’homosexualité, et pas assez à la personne dans sa globalité, pas assez à l’amitié, pas assez à la relation gratuite. Il y a de la peur et de l’obsession sexuelle dans l’hétérosexualité. Personne ne le dit, mais c’est vrai. L’hétérosexualité est tout sauf de l’amour, tout sauf une identité positive.”

Philippe Ariño