La Grande Foire de l’Abrogation : nouvel attrape-nigauds de LMPT

 
Abrogation livre
 

En lisant la dernière parution de la revue (pourtant sérieuse) Liberté Politique, consacrée en février 2015 à la question « Comment abroger la loi Taubira ? », je suis dépité. Elle va d’ailleurs dans le sens de la prochaine CNR (Convention Nationale des Régions) de Ludovine de la Rochère les 13-14 juin 2015 prochain, axée, je vous le donne en mille, sur… l’Abrogation !
 

Je m’attendais, dans ce livre, à trouver de vraies propositions, une analyse concrète de la situation, du « mariage pour tous » puis des moyens réalistes d’y remédier. Pas du tout. Je me rends compte du retard colossal de nos intellectuels et hommes politiques cathos, qui non seulement pataugent dans la semoule, mais sont dans la fuite en avant, partent dans plein de directions souvent bien argumentées mais désincarnées, proposent des pistes intéressantes mais non-prioritaires ou irréalistes, prennent la place de ceux qui connaissent les véritables solutions aux problèmes qu’ils dénoncent. C’est révoltant !
 

Et le pire, c’est qu’avec l’arsenal discursif qu’ils mettent en place, ils sont partis pour nous mener en galère pendant des années et des années (s’ils ne s’épuisent pas avant), et faire couler notre néanmoins beau paquebot français. Cela pour une raison toute simple : ils n’ont toujours pas compris la gravité de la Loi Taubira et du PaCS, ni, plus profondément, le nœud idéologique qui les soutient – à savoir la BIPOLARITÉ HÉTÉROSEXUALITÉ-HOMOSEXUALITÉ – que pour le coup ils ne dénoncent toujours pas, et dont ils continuent de nourrir les conséquences, justifiant ainsi leur « commerce » de bazar et leur chaire d’experts universitaires. Qui forme intellectuellement et spirituellement ces intellectuels, ces hommes politiques et ces législateurs là ? Visiblement personne. Comment se fait-il qu’on en arrive à ce grand bordel des Marchands (cathos) du Temple du Mariage ? Il y a sûrement beaucoup d’orgueil, de peur et d’ignorance là-dessous.
 

Et ça me semble toujours incroyable qu’un livre qui se donne pour objectif de donner des clés pour abroger la loi Taubira soit capable de passer à côté de la clé principale – l’homosexualité – et qu’il ne propose nulle part une dénonciation de celle-ci… Mais sur quelle planète vivent ces auteurs ? Sérieux. Comptent-ils ignorer longtemps que la loi Taubira EST la justification de l’« amour homosexuel » ?? (Non parce que je le voudrais ou que je ferais une fixette sur l’homosexualité, mais parce que c’est la vérité factuelle et intentionnelle la plus évidente !) Et que le seul moyen de la neutraliser, c’est de briser le mythe qu’elle incarne ??
 

J’essaie de comprendre comment ces scribes fonctionnent, car ça m’intrigue. C’est tellement le souk, leur entreprise, qu’en réalité, il est facile de constater qu’ils n’ont aucune stratégie, ou alors une stratégie de l’urgence et de la peur qui rentre vite en contradiction avec elle-même. Aussi bien les partisans d’une abrogation dite « sèche » et « sans rétroactivité » de la loi Taubira, que ceux qui nous vendent plutôt une abrogation « douce » qui n’est en réalité qu’une réforme et réécriture de la loi, mènent la même danse sans s’en rendre compte : tous se sont mis d’accord pour renoncer à l’abrogation. Et ensuite, pour cacher leur compromission démissionnaire, ils se font des courbettes de courtoisie à n’en plus finir. « Il y a les partisans de la réforme de la loi, et les partisans de l’abrogation. Les deux mènent un combat complémentaire et tout à fait utile. » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », p. 73) Mais concrètement, comme il y a la boutique perso à faire tourner, la vitrine médiatique à parfaire et la place politique à conserver, c’est la précipitation, la langue-de-bois, la bousculade, la course au meilleur slogan, à la promesse lancée en l’air, à la formule qui fera date, aux fausses pistes, aux solutions par défaut. Ils se contredisent sans arrêt parce que leur discours n’est ni clair ni ancré dans la Vérité. À la fois ils cherchent à constitutionnaliser la définition du mariage pour préserver la filiation et transformer le « mariage Taubira » en Union civile, et ils demandent une abrogation sans rétroactivité de la loi tout en soutenant qu’en théorie ils sont contre l’Union civile. Ils veulent et vendent le beurre et l’argent du beurre ! Comment peut-on y croire une seconde ? Comment espèrent-ils qu’on va gober ça ?

 

Ils sont là, campés autour de la Citadelle sacrée de la différence des sexes. Ils croient la défendre mieux que les autres. Mais en réalité, ils lui font de l’ombre, ils bouchent son entrée. Ils sont plus occupés à bichonner leur pré carré, leurs stands, leurs poules, leur spécificité-maison. En ce moment, la babiole dernier cri qu’ils se sont promis d’écouler, c’est le mot « Abrogation ». Personne ne la vend sauf eux ! Approchez ! Approchez ! Promo ! C’est papal ! « Ça ne coûte pas très cher ! » balance le fromager Ben Sarko. Bien que concurrents, ils se disent « complémentaires » et « solidaires » entre eux pour ne pas freiner la compétitivité de leurs produits et ne pas révéler l’imposture de leur marché commun sans recette(s) (= la Droite). Ils se croient indéboulonnables. Et comme leur affaire ne marche pas (c’est vrai : La Manif Pour Tous se casse la gueule), ils mentent, essaient de garder ponctuellement leur clientèle à défaut de pouvoir la fidéliser en se politisant (le Syndicat LMPT ! le « Parti » ! : c’est nouveau, ça vient de sortir), présentent – pour cacher leur panique – le moindre concept nouveau comme une trouvaille « révolutionnaire » qui va tout changer.

 

Moi, face à cette grande foire de la parlotte, je n’ai envie que d’une chose : faire comme Jésus. Prendre des cordages, en faire un fouet, et balayer ces marchands du Temple, ces imposteurs. Du balai ! (Et je vous proposerais volontiers de rejoindre les rangs de CUCH – Cathos Unis Contre l’Hétérosexualité – ou les rangs d’Abrogation Sans Concession, une association d’anciens membres de LMPT qui n’ont pas envie de rentrer dans la corruption des leaders actuels de LMPT et de leurs suiveurs. Parce que, voilà, ras-le-bol des mensonges, des non-dits et de l’homophobie, c’est-à-dire la peur des personnes homosexuelles et de l’homosexualité.)
 
 

Promo de printemps ! Les marchands cèdent sur le PaCS pour espérer nous vendre l’Abrogation comme une réalité à laquelle ils ne croient pourtant pas.

 
Jesus-chasse-les-marchands-du-temple
 

Je suis triste de constater que le dossier de Liberté Politique sur l’abrogation de la Loi Taubira, qui promettait d’être ambitieux, est un cortège de fausses solutions, un rafistolage de bout en bout. On voit tous ses contributeurs en train de justifier les uns après les autres leur future déclaration de forfait, et d’expliquer qu’après tout, le PaCS, il va falloir s’y faire, par « réalisme contextuel », par « humilité », par « éthique de la responsabilité », par « charité », pour « éviter d’être déçu » : « La question est malheureusement fort différente de celle qui était posée avant le vote de la loi. L’agir politique ne se déploie que dans la réalité des circonstances et ignorer leur force contraignante condamne à l’impuissance ou aux plus cruelles désillusions. » (Thibaud Collin, en préambule, p. 7) ; « L’abrogation pure et simple de la loi Taubira c’est-à-dire sans proposer un contrat aux couples homosexuels comme alternative (qui s’appelle union civile ou alliance) n’a aucune chance de réunir une telle majorité. Elle est contraire à l’éthique de responsabilité. Pas question cependant de transiger sur le mot « mariage » : c’est l’éthique de conviction. Il doit être exclusivement réservé aux couples hétérosexuels. Un mariage pour des couples de même sexe, outre que cela n’a aucun sens, aurait des conséquences sur la filiation. » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », pp. 74-75)

 

Pour laisser peu à peu entrer et tolérer le PaCS, ils commencent par relativiser le « mariage pour tous » et lui enlever son importance, son exceptionnalité. Leur pensée démissionnaire consiste à considérer que « la loi Taubira n’est qu’un élément parmi d’autres » (Thibaud Collin, en préambule, p. 7), qu’il faut passer à autre chose, laisser les morts enterrer leurs morts. Ils n’ont pas compris le tournant extraordinaire et gravissime que constituent le PaCS et surtout la création de la bipolarité homosexualité-hétérosexualité à la fin du XIXe siècle. Ils n’ont pas compris que rien ne mobilisera autant le monde que l’homosexualité (ou l’opposition à celle-ci).

 

Ils nous suggèrent dans leur ouvrage collectif des solutions contre la loi Taubira qui ne tiennent pas debout, qui ne sont pas ancrées dans le contexte réel du monde contemporain, et qui ne prennent absolument pas le mal à la racine. Ce sont juste des « solutions d’ajout » n’ayant qu’un effet placebo limité : inscrire la définition de la famille naturelle dans le marbre de la loi française, organiser un référendum concernant la PMA et la GPA, durcir internationalement la prohibition de la PMA et GPA, apposer des alinéas à la Constitution, rajouter des astérisques conditionnelles, etc. Elles n’endiguent absolument pas l’avancée de la Mer « Égalité ». Par exemple, à quoi sert de nous faire un joli exposé sur les différentes conceptions de la famille au long de l’Histoire ? À rien, sauf à blablater sur des évidences, en les faisant écrire par des spécialistes qui sauront broder autour et apporter des nuances que nous ne connaissions pas. Génial… « Depuis trop longtemps, on n’a pas réfléchi à la famille du XXIe siècle. Des États généraux de la famille sont nécessaires et pourraient être suivis par l’organisation d’un référendum. » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », p. 74) À quoi sert de mettre le paquet sur la répression (des conséquences de la Loi Taubira) plutôt que sur l’éducation intellectuelle et la prévention ? « La consolidation des interdits concernant la PMA et la GPA peut rassembler davantage que la suppression du mariage entre personnes de même sexe. La France doit prendre la tête d’une action internationale d’envergure pour la prohibition de la GPA au nom de l’indisponibilité du corps humain. […]Il faut décourager les PMA et les GPA par une loi pénale claire et sanctionner ceux qui permettent le contournement des règles. » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », p. 75) À rien sinon à se victimiser et à diaboliser les faits au détriment de l’accueil des personnes. L’intimidation n’est qu’une dissuasion temporaire, qu’une illusion de contenu. Pas du tout une solution en profondeur.
 

En parfaits scribes, les contributeurs de ce numéro de Liberté Politique confèrent tous pouvoirs à la loi, au juridique : « Il n’y a pas d’autre choix que de graver explicitement le mariage et la famille naturels dans la Constitution. », Anne-Marie Le Pourhiet, « Rendre le mariage inaltérable », p. 65) Alors que c’est précisément là l’erreur. Se battre pour une définition de dictionnaire et l’inscription de celle-ci sur le marbre, pour y apposer une légalité, c’est rentrer exactement dans la même idolâtrie légaliste que nos opposants. D’un côté, c’est la Nature, de l’autre c’est l’Amour, que les uns et les autres invoquent et essaient d’enfermer dans les Tables de la Loi. Et le Réel dans tout ça ? Le dialogue et la réflexion de fond ? Constitutionnaliser la définition de la famille (idée qui avait déjà été lancée par Frigide Barjot, je le rappelle), l’enfermer dans une définition rigide et naturaliste, surtout à l’heure où le mot « famille » recouvre plein de sens différents, c’est un parfait non-sens.

 

Hallucinant mais pourtant vrai. La totalité des scribes du dossier de Liberté Politique ne veut pas vraiment de l’abrogation. Et on le voit à un « détail » pourtant énorme : ils ne dénoncent pas clairement l’Union Civile. « Mais ce qui pose le plus de difficulté, outre le terme « mariage », est la filiation. Je pense donc sincèrement que les manifestants et au-delà les sympathisants de La Manif Pour Tous sont prêts à accepter l’union civile faute de mieux. Je le répète : faire penser qu’une abrogation pure et simple est possible, c’est leurrer les gens ! » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », p. 76) Le seul qui le fait timidement, c’est Michel Pinton… et encore, il ne remet pas en cause le pilier idéologique de celle-ci : l’homosexualité. Alors sa radicalité finit par tomber à l’eau, résonne comme une promesse lancée en l’air (pour le panache…). À la fois il constate que le PaCS est LE noyau dur central du « mariage pour tous » : « En 1999, le PaCS. Lionel Jospin s’imaginait avoir trouvé un compromis prudent et définitif en inventant une forme d’union qui serait moins qu’un mariage mais plus qu’une liaison de fait. En réalité, il a cédé sur l’essentiel : pour la première fois, une loi admettait que, dans la vie conjugale, le sexe des conjoints n’avait pas d’importance. », Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », pp. 20-21). Mais ensuite, il se rétracte et fait demi tour : « Si nous voulons empêcher définitivement le mariage homosexuel, c’est sa racine que nous devons arracher, c’est-à-dire le PaCS. Nous pouvions le faire en 1999. C’est aujourd’hui au-dessus de nos forces. Même si son abolition doit rester notre objectif ultime, nous devons viser des résultats moins ambitieux. […]Nous avons gagné un répit, rien de plus. Comme l’utiliser ? D’abord en ne relâchant pas notre pression. » p. 22). C’est la fin des haricots de son argumentaire quand il auréole Frigide Barjot de la gloire médiatique de pacotille qui fut la sienne (« L’excellente Frigide Barjot », p. 21), alors que c’est quand même à cause de cette femme si notre opposition au « mariage pour tous » s’est encastrée dans la filiation, enfoncée dans l’ambiguïté et le slogan sans fond, engouffrée dans l’homophobie (elle refuse toujours de parler du « couple » homosexuel, encore aujourd’hui, et elle insulte en privé les personnes homosexuelles qui le font), a perdu toute crédibilité et cohérence.
 

C’est l’unité du mariage qu’une Frigide Barjot n’a intégrée ni dans sa tête ni dans son cœur (et beaucoup d’intellectuels catholiques font de même). En justifiant l’Union Civile, elle s’imagine qu’on peut saucissonner une union de deux personnes, et en retirer magiquement la différence des sexes, la filiation, l’adoption et la procréation, tout en justifiant cette union d’être quand même « de l’amour » et un « droit social » ?? Celle qui s’accapare toujours le Pape, qui se revendique toujours de son discours à lui, ferait mieux de l’écouter vraiment, car les restrictions qu’il pose concernant les unions homosexuelles comprennent également l’Union civile et pointent du doigt la malversation de l’agitatrice : « À ceux qui veulent procéder à la légitimation de droits spécifiques pour les personnes homosexuelles qui cohabitent, il faut rappeler que la tolérance du mal est bien autre chose que son approbation ou sa légalisation. » (Congrégation pour la doctrine de la Foi, « Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles » (2003), p. 82) ; « Les législations favorables aux unions homosexuelles sont contraires à la droite raison car elles confèrent des garanties juridiques, analogues à celles de l’institution matrimoniale, à l’union entre deux personnes du même sexe. » (Congrégation pour la doctrine de la Foi, « Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles » (2003), p. 83)

 

En ne se focalisant que sur la filiation pour désigner le « mariage pour tous » comme dangereux (ou en omettant de parler d’homosexualité, ce qui revient au même), nos intellectuels cathos coupent finalement la loi Taubira en deux : l’Union civile d’un côté et le « mariage pour tous » de l’autre… en justifiant finalement les deux tout en feignant de les opposer ou d’en neutraliser au moins un des deux. Sinon, l’autre astuce qu’ils trouvent pour couper la loi Taubira en deux afin de la justifier toute entière à leur insu, c’est de créer une frontière factice entre une homosexualité intime (celle-ci serait justifiable du fait d’être privée ou non-actée ou non-politisée, et mériterait donc l’Union civile, ou tout du moins une reconnaissance sociale, une équivalence, un lot de consolation légal) et une homosexualité sociale (celle-ci ne serait pas défendable, et ne mériterait donc pas le mariage ni l’Union civile) : « Les unions de même sexe relèvent de la plus stricte intimité, sans aucune conséquence sociale, la vie affective des particuliers ne regardant en rien la collectivité. […]L’État n’a pas à s’immiscer dans les préférences sexuelles des citoyens, étrangères à tout critère de notre tradition juridique. » (Joël-Benoît d’Onorio, « Abroger n’est pas réécrire », p. 60) Ils s’imaginent, comme beaucoup de cathos, que la politique n’a rien à voir avec la sexualité, ou bien que la sexualité relèverait de la sphère strictement privée, parce qu’ils confondent sexualité et génitalité. Or la sexualité n’a rien d’exclusivement privé. C’est une réalité de vie et de société qui concerne également l’État et la politique ! Il n’y a pas à privatiser la sexualité, et encore moins à privatiser l’homosexualité (pour mieux la justifier ou la bénir d’indifférence).

 

Pour le reste des contributeurs, la plupart d’entre eux justifient l’Union civile comme un moindre mal nécessaire. « Il restera le ‘PaCS’ qui est amplement suffisant. » (Joël-Benoît d’Onorio, « Abroger n’est pas réécrire », p. 60) Aucun ne traite ni n’analyse l’homosexualité. Aucun ne veut vraiment l’abrogation de la loi Taubira et n’y croit. Quelle arnaque de dossier ! Et le pire, c’est qu’ils jouent aux braves sans concession, qui doivent se battre pour la morale, la Vérité, l’Unité et contre l’injustice : « La tolérance du moindre mal en politique ne peut être qu’une étape vers l’abrogation totale des législations injustes. » (le fr. Sébastien Perdrix, op., « Résister à une loi injuste », p. 32) ; « Ma conviction est qu’il y faudra l’effort continu et patient de toute une génération d’hommes et de femmes inébranlables dans leur détermination. » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », mot de la fin, p. 26) ; « L’enjeu de l’abrogation de la loi Taubira n’est pas d’abord politique ou juridique, mais bien moral. » (le fr. Sébastien Perdrix, op., « Résister à une loi injuste », p. 28) ; « Disons-le, une fois encore, la question de l’abrogation de la loi du ‘mariage pour tous’ ne se joue pas d’abord sur le plan politique et juridique, mais bien sur le plan éthique et culturel. » (idem, p. 33) ; « Résister en politique : un devoir moral » (idem, p. 29) ; « Il apparaît urgent de susciter des vocations pour les métiers touchant directement à la culture. » (idem, p. 36) ; « Travailler au réveil des forces morales » (idem, p. 35) ; etc.

 

Mais concrètement, ils jettent tous l’éponge. Ils se fichent des faits culturels de l’homosexualité, de l’homophobie et de l’hétérosexualité. Ils font même presque dire à Benoît XVI et Jean-Paul II qu’ils justifieraient le moindre mal de l’Union civile sous prétexte que, dans l’Encyclique Evangelium Vitae, il est conseillé qu’en cas de loi non-abrogeable, le mieux est d’« apporter licitement son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique » (Jean-Paul II, Lettre encyclique Evangelium Vitae, 25 mars 1995, n. 73) : « Le cardinal Ratzinger reconnaît qu’il sera difficile ‘d’abroger complètement une loi de ce genre’. » (le fr. Sébastien Perdrix, op., « Résister à une loi injuste », p. 31) ; « limiter les préjudices d’une telle loi » (idem, p. 31), « limiter les effets d’une loi injuste » (idem, p. 32) ; etc. C’est la « technique Ludovine de la Rochère » qui veut se justifier de dire « non » à l’Union Civile tout en la tolérant secrètement, au nom du mal irréparable que serait l’adoption du « mariage pour tous », et du « moindre mal » incontournable que serait l’Union civile.

 

Oui. Ils jettent l’éponge en justifiant l’Union civile, et ont le culot, en plus, de présenter ça comme une victoire sur le « mariage pour tous ». Le triomphalisme de Philippe Gosselin dans la lâcheté, c’est quand même génial (et du gros foutage de gueule en barres !) : « Cela ne s’est jamais fait de revenir sur une loi de société. Revenir sur cette loi serait révolutionnaire, y compris en la remplaçant par l’Union civile. Ce serait la preuve que la droite peut revenir sur une loi faite par la gauche, qu’il n’y a pas de sens de l’histoire. » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », p. 77) Vous vous rabattez sur l’Union civile pour neutraliser le « mariage pour tous », et ainsi vous serez des héros ! L’achat gagnant ! Les bras m’en tombent…

 

L’abrogation qu’ils nous proposent n’en est en réalité pas une puisque le mot « abrogation » signifie tout simplement « suppression » : pas « réécriture », comme ils le laissent entendre parfois, ni un ajout conditionnel sur la Constitution : « Le texte voté, la question est moins de supprimer ou de changer le texte, que d’assurer le rétablissement dans la loi du véritable mariage. » (cf. avertissement de la rédaction de Liberté Politique, p. 9). Ils cherchent à nous dissuader de demander l’abrogation : « Une action purement politique et menée exclusivement en vue de l’abrogation, n’aurait donc, à mon avis, d’autre effet que de préparer un choc en retour qui ruinerait pour longtemps les chances d’une cause juste. La bonne solution est autre. » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 12) ; « Un piège à éviter : l’illusion d’un simple retour en arrière (abrogation pure et simple). » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », p. 72) ; etc. Ce dossier de Liberté Politique est une fumisterie. Un troc. Une corruption.

 

Leur demande d’abrogation devient une absurdité et un Éverest décourageant uniquement du fait qu’elle ne s’appuie pas sur la réalité et qu’elle ne s’assume pas elle-même. Mais franchement, les gars, qu’est-ce qui est le plus difficile ? Être concret, aller jusqu’au bout de la réalité de ce qu’on demande (l’abrogation de la loi Taubira) et de réclamer une abrogation dite « sèche » (elle ne sera d’ailleurs plus sèche à partir du moment où le traitement de l’homosexualité va l’humidifier et la rafraîchir ; elle n’est sèche que d’être incomplétée par la demande cohérente de l’abrogation de l’Union civile, et par une adaptation au système de croyance de nos opposants) ? Ou demander une abrogation molle et graduelle qui n’est même pas une abrogation (mais un marchandage, un aménagement, un ajout, un pansement sur une blessure non-traitée) ? Tant qu’à faire, autant demander la grosse (et seule vraie) abrogation, car même la petite ne nous sera de toute façon pas accordée, ou nous sera tout aussi difficilement accordée !

 

« Il ne faut pourtant pas se bercer d’illusions. L’idéologie qui a présidé à l’élaboration et à la promulgation de la loi sur le ‘mariage pour tous’ n’est pas prête à baisser les armes. » (le fr. Sébastien Perdrix, op., « Résister à une loi injuste », p. 33) C’est logique, puisque cette idéologie est aussi la vôtre et que vous la cautionnez par votre langue-de-bois ! Du coup, en effet, elle ne risque pas de mourir de sitôt ! « Le processus conduisant à l’abrogation de la loi Taubira prendra du temps. » (idem, p. 32) Non. Il ne prendra que le temps que vous prendrez pour vous remettre en question et pour vous adapter aux logiques affectives de notre temps !
 
 

L’impasse totale par Liberté Politique sur l’homosexualité et l’hétérosexualité

 
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Concrètement, concernant le « mariage pour tous », l’ensemble des contributeurs du livre de Liberté Politique (au titre défensif et non offensif : Abrogation : protéger le mariage après la loi Taubira), à savoir des personnes souvent très bien (Thibaud Collin, Michel Pinto, Sébastien Perdrix, Roland Hureaux, Joël-Benoît d’Onorio, Anne-Marie Le Pourhiet, Philippe Gosselin), parlent d’abrogation mais ne l’assument pas elle. Ils tournent autour du pot en dénonçant des problèmes annexes, des causes lointaines (avortement, moyens de contraception, libéralisme, individualisme, etc.), en proposant des concepts nouveaux (le « néo-catharisme », le transhumanisme, l’abrogation, etc.). Non pas que les réalités qu’ils soulèvent soient fictives, absurdes et n’aient pas besoin d’être citées (j’avais déjà parlé des liens entre notre époque et le catharisme dans mes écrits aussi, et ce sera l’un des sujets de mon prochain livre sur les bobos). Ce qu’ils dénoncent comme sources du problème, stricto sensu, sur la copie, est vérifiable et sensé. Le problème, c’est que ce n’est pas sur ça que bute l’esprit de nos contemporains ! Les problématiques que nos intellectuels cathos soulèvent nous amènent trop loin, nous éloignent du sujet et des préoccupations des gens d’aujourd’hui. Ce n’est pas en des termes comme l’avortement, les moyens de contraception, le transhumanisme, le Gender, le néo-catharisme, que le péquin lambda peut remettre en cause ses mythes affectifs personnels (le fascisme, l’homosexualité, l’amour, le racisme, l’homophobie, l’hétérosexualité, la tolérance, l’égalité, le progrès, etc.). Ce n’est pas non plus en termes que nous, opposants à la loi Taubira, pouvant nous responsabiliser et arrêter de nous victimiser. Il n’y a qu’un mot que le « citoyen du monde occidental » tolère et qui l’anesthésie (parce qu’il ne connaît rien à la réalité à laquelle il renvoie) : c’est le mot « homosexualité ». J’ai testé pour vous. Ce concept est l’Opium n°1 du Peuple.

 

Nos porte-parole cathos ne veulent toujours pas l’admettre. Ils regardent ailleurs. Pire. Ils cautionnent à leur insu l’homosexualité en validant, par leur silence, sa jumelle « hétérosexualité ». Mis à part le frère Sébastien Perdrix, Michel Pinton et Thibaud Collin qui ne tombent pas dans le panneau, le pompon chez nos intellectuels cathos (et aussi la preuve qu’ils n’ont rien compris à l’Union civile et à la loi Taubira), c’est leur croyance en l’hétérosexualité, qui prouvent leur retard énorme sur la question de l’homosexualité et de la sexualité en général. Leur idéologie nataliste ne convainc évidemment personne (cette dérive a depuis longtemps été dénoncée par le pape Benoît XVI, d’ailleurs) : « Le Conseil constitutionnel aurait dû juger que la définition hétérosexuelle du mariage était déjà un principe à valeur constitutionnelle. » (Anne-Marie Le Pourhiet, « Rendre le mariage inaltérable », p. 64) ; « couples hétérosexuels » (idem, p. 66) ; « En témoigne par exemple le fait que la propagation du Sida par la voie hétérosexuelle est aujourd’hui beaucoup plus faible en Europe et en Amérique du Nord qu’en Afrique subsaharienne. » (Roland Hureaux, « L’Archaïsme du mariage libertaire », p. 57) ; « Le mot ‘mariage’ doit être exclusivement réservé aux couples hétérosexuels. Un mariage pour des couples de même sexe, outre que cela n’a aucun sens, aurait des conséquences sur la filiation. » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », pp. 74-75) ; etc.

 

Le seul qui remonte à la croyance lointaine qui sous-tend le PaCS et le « mariage pour tous », c’est Michel Pinton : la déconnexion entre le corps et l’esprit, ou encore la croyance selon laquelle « dans le mariage, le corps n’a aucune importance » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 13) Mais le problème, c’est que Pinton ne dit pas le point concret par lequel s’incarne et se cristallise aujourd’hui cette croyance : ce point, c’est le mythe de l’« amour homosexuel ». La contraception, le néo-catharisme et la Théologie du Corps, désolé mais ce n’est pas ça qui fait bugger la raison et le cœur des gens. Dans leur esprit, ce qui les empêche d’identifier le problème, c’est juste le flou et le chantage affectif autour de l’homosexualité. Pinton devine bien que c’est autour de l’homosexualité que se concentre le dénouement du problème : « Déjà on enseigne dans les lycées que ‘l’homosexualité, c’est bien’ ; les lois qui répriment « l’homophobie » sont de plus en plus sévères. » (idem, p. 21) Mais il ne va pas plus loin et ne le dénonce pas en des termes concrets. Il ne fait qu’effleurer que c’est « la légalisation des agissements homosexuels » (idem) qui fait barrage à une avancée de notre combat contre le « mariage pour tous ». Et puis il s’évade vers la théologie tout de suite après. Il ne trouve rien de mieux à faire que de renvoyer Roselyne Bachelot à la lecture de Jean-Paul II (idem). Très efficace. Son erreur, c’est qu’il s’appuie sur ce qu’il sait (et qui est d’ailleurs souvent bien senti et vrai) : pas sur ce que les gens (qui sont maintenant nos dirigeants) comprennent ; pas sur les inconnues qui sont les leurs et qui entravent leur jugement : l’homosexualité et l’homophobie. Pire. Il méprise l’homophobie – le terme et la réalité souffrante à laquelle il renvoie. Liberté Politique avait fait de même lors de la sortie de mon dernier livre L’homophobie en vérité (2013), en laissant le critique Yves Floucat pourrir – de manière non argumentée – le seul livre qui aurait pu les aider à comprendre l’homophobie (Honte aux rédacteurs de Liberté Politique, au passage). Pinton déplace ensuite le problème de l’homosexualité uniquement sur le terrain de la génération : « Au terme de ces glissements successifs, un bouleversement institutionnel, qui va bien au-delà de la question homosexuelle, se dessine : la « filiation volontaire ». Un jour, l’État ne reconnaîtra plus la famille comme réalité objective et stable fondée sur l’union d’un homme et d’une femme. » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 21) Alors que depuis le départ, le mouvement de la Manif Pour Tous n’a fait que traiter des conséquences de la loi Taubira matin midi et soir, Pinton se propose d’en remettre encore une couche ! « Notre contre-offensive politique doit s’étendre à un autre terrain, qui a été négligé jusqu’ici. Je veux parler des conséquences sociales et économiques de la loi Taubira. » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 23) ; « Les néo-cathares taisent ou nient les maux sociaux. » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 24) ; « Un brouillard épais entoure les conséquences sociales du mariage homosexuel. » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 21) Il me fait penser à ceux qui disent : « C’est en montrant qu’il y a des divorces de couples homos qu’on invalidera le mariage homo. » Devant les inconséquents, à quoi bon les mettre devant leurs conséquences ???

 

Chez ces marchands intellectuels du Temple, curieusement, il n’est jamais question de briser les idoles des autres (homosexualité, homophobie, hétérosexualité) et encore moins leurs propres idoles (Différence des sexes, Enfant, Famille, Mariage, Hétérosexualité, Écologie, Théologie du Corps, et à présent Abrogation). Ils ne font que lutter contre les caricatures d’idoles qu’ils attribuent aux autres en les théorisant : GPA, PMA, Gender, et maintenant transhumanisme et néo-catharisme… sans nommer les vraies idoles : homosexualité, homophobie, hétérosexualité. Parce qu’ils partagent les mêmes, au fond !

 

Pour éviter de voir cela, ils se placent en victimes incomprises et irréprochables : « Bon nombre de ceux qui ont pris part aux manifestations contre le ‘mariage pour tous’ ont été traités comme des citoyens de seconde zone. » (le fr. Sébastien Perdrix, op., « Résister à une loi injuste », p. 27). Ils regardent la « disqualification politique » ( idem, p. 28) dont ils auraient été les objets comme un trophée et un passe-droit pour mépriser ou baisser la garde. Par exemple, ils se créent de faux ennemis ou bien des ennemis-concepts. Ils parlent de « l’idéologie libertaire » ( idem, p. 29), de « la progression du nombre des ‘LGBT’ » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 25), de la « pression du lobby LGBT » (Anne-Marie Le Pourhiet, « Rendre le mariage inaltérable », p. 68). En réalité, le « lobby LGBT » n’est que le lobby hétéro gay friendly ! Et sa puissance n’existe pas. Ou bien si elle existe, c’est celle qu’ils lui donnent en ne traitant pas du masque concret qu’il porte : « J’ai voulu que nous connaissions notre adversaire et que nous mesurions sa puissance. Il a l’habileté d’avancer masqué. Il se drape dans les droits de l’homme et se compose un air de compassion pour certaines victimes supposées de la société. Ne tombons pas dans ses pièges. » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 16) Or ce masque s’appelle « amour homosexuel » et hétérosexualité !
 

Ils nient également le statut (pas simplement rhétorique et de mauvaise foi) de victimes qui revient aux personnes homosexuelles, à leurs souffrances réelles (car nul ne réclame des droits inutiles et irréalistes s’il ne souffre pas vraiment et n’est pas victime, quelque part, de lui-même et des autres !). Ils voient pourtant surgir des victimes de partout… « La ‘société des droits de l’homme’ que le néo-catharisme a commencé de construire, est, dans sa réalité, une société de marginalisés, de précarisés, d’éliminés et, dans ses manifestations les plus récentes, de terroristes et de tueurs en série. » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 25) Et en même temps, ils nient à certaines personnes – et en premier lieu aux personnes homosexuelles (utilisées dans l’histoire du « mariage pour tous », et exploitées dans le coming out et leurs pratiques sexuelles) – le fait d’être aussi des victimes, les premières victimes du « mariage pour tous » ! : « L’abrogation se heurte sûrement à leur ire obsessionnelle par voie de recours de toutes sortes, arguant une prétendue ‘discrimination’. » (Joël-Benoît d’Onorio, « Abroger n’est pas réécrire », p. 61). Pourtant, cette discrimination est bien là. Et elle vient de ces intellectuels cathos et des leaders LMPT aussi !

 

Ils nous bassinent avec des concepts ecclésiaux qui font jolis et suffisamment profanes pour ne pas les mettre en danger, et qui surtout ne verbalisent pas les vrais problèmes : la « dignité du corps », l’« écologie », le « transhumanisme », la « vie », la « culture de vie », les « valeurs », etc. Tous ces mots qui « font papal sans le dire ». C’est la bouillie qu’ils comptent nous servir pendant 5 ans. Préparez-vous.

 

J’ai souvent remarqué ça. À chaque fois que la plupart des militants cathos LMPT veulent se donner l’impression de mener un combat d’avant-garde et l’illusion d’avancer, ils sautent sur le premier mot ou concept nouveau qui leur est présenté par les leaders qu’ils se sont choisis comme la panacée. Ça a déjà marché avec « Gender », avec « PMA » et « GPA » (et maintenant, on a droit à la mode du « transhumanisme » et de l’« abrogation ») : des mots que ceux qui les pratiquent ne connaissent même pas. Par exemple, les pro- Gender ne savent toujours pas ce qu’ils défendent, n’ont pas conscience de ce qu’est le Gender, ou disent carrément que ça n’existe pas ou qu’ils sont contre le mot. C’est dire si la méthode actuelle des cathos, consistant à sauter sur les premiers slogans rhétoriques qui font universitaires, sans chercher à retraduire ces mêmes concepts selon les bonnes intentions et la grille de compréhension de ceux qui les actualisent, est bonne…
 

Récemment, j’ai entendu une homélie d’un prêtre – pourtant en général très bon orateur – qui mettait en garde pendant la messe sur les dangers du transhumanisme. De manière subtile, en plus : il veillait à ce qu’on ne diabolise pas la technique et la Science non plus. Mais il employait des mots nouveaux (« transhumanisme », « homme augmenté », « Cyborg »…) qui avaient de quoi ébahir et flatter la culture de son assistance néophyte, en même temps que de l’alarmer sagement, sans catastrophisme. Avec toujours ce même laïus sur la nécessité de rester « centré sur l’Humain », d’« accepter nos limites et nos vulnérabilités », de ne pas se prendre pour Dieu. Bref. Un topo bien huilé, qu’on va nous servir à toutes les sauces pendant des années dans les paroisses les plus « in », et qui ne règle absolument pas les problèmes étant donné que nos contemporains lancés dans la course au transhumanisme ne l’appellent pas comme ça, ne le comprennent et ne le traduisent pas comme ça, et sont gênés par d’autres utopies bien plus sucrées (l’« amour homosexuel » en première ligne) qui les empêchent de se révolter contre leurs propres actes mauvais. Rien ne sert de dénoncer le transhumanisme si on ne décèle pas ses raisons, ses affections, ses racines pétries de bonnes intentions, si on n’explique pas pourquoi les gens tombent dedans et à cause de quels mythes et quels mots à eux (et pas que nos mots à nous !).

 

« Dignité », « écologie », « euthanasasie », « Espérance », « transhumanisme », « bien commun », « Homme augmenté », « GPA », « intérêt supérieur de l’enfant », « abrogation »… Le pire, c’est que nos intellectuels cathos se rendent bien compte qu’ils saoulent tout le monde avec leurs pétitions et leur proposition de « Charte de la famille » (Anne-Marie Le Pourhiet, « Rendre le mariage inaltérable », p. 66). Ils voient bien qu’ils ne passionnent pas les foules et épuisent leurs troupes avec leur verbiage bavard, leur conférences creuses sur la GPA, et leurs concepts qui n’ont d’efficaces que leur « nouveauté » et apparente complexité. « J’observe un phénomène de lassitude. Des citoyens, même opposés à cette loi, considèrent qu’on a passé beaucoup trop de temps pour ces questions, et qu’il est temps désormais de se consacrer exclusivement à l’économie et au social. » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », p. 77) ; « La dignité, en effet, est malheureusement devenue aujourd’hui une auberge espagnole où chacun met ce qu’il veut, de telle sorte que cette notion est utilisée à des fins totalement contradictoires pour invoquer une chose et son contraire absolu. » (Anne-Marie Le Pourhiet, « Rendre le mariage inaltérable », p. 70) Le seul mot qui ne fait pas auberge espagnole (parce qu’il est dur à dire, à comprendre, et à assumer, y compris par ceux qui se ressentent homos), c’est « homosexualité ». Je n’y peux rien. Je le constate lors de mes conférences. Donc j’ai envie de dire aux intellectuels catholiques : « Arrêtez avec votre ‘bien commun’, vos ‘valeurs’, votre ‘conscience’, votre ‘écolo attitude’, votre sempiternel usage du mot ‘abrogation’ ! Le discours familialiste est obsolète, même s’il a sa cohérence, sa vérité et sa raison d’être, même si je ne doute pas de votre bonne foi et de la qualité de votre expertise pour d’autres combats que le mariage pour tous. Il est temps de rejoindre le Peuple et nos opposants dans ce qu’ils comprennent de notre charabia verbeux ! »

 

Le pire du pire, c’est quand nos chercheurs cathos, en dernière instance, se barricadent derrière la Théologie du Corps de Jean-Paul II et le vernis ecclésial du Catéchisme de l’Église catholique, pour se persuader d’avoir pensé « vrai » : « Alternative : la théologie catholique du corps. Comment lutter contre la foi néo-cathare ? Comment réduire sa puissance ? Le combat politique, à lui seul, ne peut y réussir. On ne fait reculer l’emprise d’une religion sur les esprits qu’en leur proposant une religion plus attrayante, avec une idée de l’homme plus véridique et des principes de vie plus solides. En France, cette autre religion existe. Elle s’appelle l’Église catholique. Sa doctrine s’oppose radicalement au néo-catharisme. Ne proclame-t-elle pas que le corps humain a une dignité infinie puisqu’il est appelé à une plénitude éternelle ? » (Michel Pinton, « Abroger les racines de la loi », p. 17)

 

Pour feindre qu’ils parlent d’homosexualité et pour colmater « discrètement » les brèches de leur dossier fissuré et à côté de la plaque, ils recrachent en annexe finale le Catéchisme de l’Église catholique, et un texte de la Congrégation Pour la Doctrine de la Foi qui date de 2003 et signé du cardinal Ratzinger (pas encore Benoît XVI à l’époque) ! C’est vrai que depuis, pas de changement ni de temps écoulé. Au passage, le texte final de la Congrégation souffre d’anachronismes et de grosses erreurs sémantiques (par exemple le terme « hétérosexualité » vient remplacer celui de « différence des sexes » ; ou bien le désir homosexuel est substantivé et essentialisé sous forme d’espèce « les homos » : ça ne va pas). Parachuter ces deux textes ecclésiaux censés faire autorité, ça ratifie l’hypocrisie et la présomption d’homophobie. « Vous pourrez pas dire qu’on n’en a pas parlé » Et bien si, je le dis. Vous n’en avez pas parlé !

 

Le drame, c’est que, de tous les contributeurs du dossier de Liberté Politique sur l’abrogation, Michel Pinton est le seul à avoir essayé de parler d’homosexualité. Et en plus, il en parle mal puisqu’il dit que le seul souci de l’homosexualité, c’est sa pratique et sa politisation ; pas l’attraction non-actée (comme si le désir homosexuel, qui est une peur et une blessure, n’était pas déjà un problème !). « Je laisse la plume à Louis Massignon, qui savait de quoi il parlait : ‘L’attrait homosexuel, écrivait-il, n’est pas condamnable en lui-même.’ Il est même ‘une idée pure’. Mais s’il s’avilit si des gestes charnels le précipitent’. » ( idem, p. 22) Pinto doit comprendre que le désir homosexuel est signe de péché, et qu’en cette qualité, il pose déjà individuellement et socialement problème ! L’essayiste clôt rapidement le sujet par un optimisme désincarné et appris : « Le même renouvellement intellectuel touche l’homosexualité. Le retard a commencé d’être comblé. Tout porte à croire qu’avec le pape François l’effort ira à son terme. » (idem, p. 18) Une chose est certaine : si le retard commence à être comblé, ce n’est certainement pas grâce à lui ni aux participants de ce livre sur l’abrogation ! Et concernant le Pape François, sans vouloir être défaitiste, je crois qu’il lui reste encore énormément de travail pour arriver à être un minimum au point sur la question de l’homosexualité et plus inventif que Benoît XVI ! D’après ces dernières déclarations sur le sujet, ça me semble compromis, et il ne mérite pas encore notre assurance (il le sent d’ailleurs, puisqu’il a reporté le traitement du sujet à la prochaine étape du Synode). Soyons dans l’Espérance bienveillante mais aussi dans le réalisme.

 

Un grand vide intellectuel entoure le thème de l’homosexualité (je suis bien placé pour m’en rendre compte !). Le frère dominicain Sébastien Perdrix (le seul du lot qui a un discours exigeant et réaliste) a bien l’intuition que c’est l’identification morale du vrai ennemi qui doit être faite : « Sans l’accord du plus grand nombre sur une morale commune tirant ses principes de la nature humaine et non de l’opinion majoritaire, il ne sera pas possible de ‘revenir en arrière’. Actuellement, à vues humaines, toute évolution législative en matière de mœurs est quasi-irrévocable. Le chrétien, s’il est réaliste, a donc bien des raisons de se résigner. » (le fr. Sébastien Perdrix, op., « Résister à une loi injuste », p. 28) Philippe Gosselin a vaguement la même intuition que lui : « Pour modifier les choses, il faudra trouver un dénominateur commun qui puisse avoir le soutien d’une majorité politique en 2017. » (Philippe Gosselin, « Revenir sur la loi Taubira sera révolutionnaire ! », p. 73) Moi, je vous le dis parce que c’est vrai : tant qu’ils n’identifieront pas que ce dénominateur commun est la dénonciation de la bipolarité homosexualité/hétérosexualité, nous n’avancerons jamais ! Ne laissons pas les marchands LMPT transformer notre combat en folklore commercial ou groupes d’Anciens Combattants illégitimes et politiciens. Ne les laissons pas blaser les nombreux manifestants qu’ils ont réunis en 2013. Ne les laissons pas enterrer discrètement la loi Taubira !
 
 

P.S. : Je vous renvoie à deux articles complémentaires de cette critique : mon article « J’accuse » et le mot de CUCH sur la caricature du Refuge.
 

P.S. 2 : Toujours la même rengaine : pour ne pas écouter, on me prête une arrogance, une complexité, une irréalité, que je n’ai pas. Coeurs de pierre et lentissimes à comprendre! L’impression, avec les leaders LMPT, d’avoir affaire à des gamins de 12 ans. (cf. ci-dessous, sur Twitter, des réactions de followers à chaud)
 
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